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Milady Sakuya Kaori

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Informations sur Milady Sakuya Kaori :

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Nom : Milady Sakuya Kaori
Espèce : Djaalins
Série : Easter 2013 (2013)
Type : Paladin Sacré
Date d'adoption : 27 février 2015 21:26
Nombre de câlins 59
Points d'XP : 1170
Level 11
Lieu d'adoption : Sandisia
Lieu de vie actuel : Aquahana
Sexe de la créature : Femelle

Histoire de cette créature :

 

Pour l'amour d'une étoile - Ombre&Clem022

Concours Gothicat World Saint Valentin

Pour l’amour d’une étoile 

 

Par une après-midi de pluies torrentielles, de celles qui cloitrent les enfants chez eux, une vieille Djaalins gardait ses petits-enfants. L’école avait été annulée, mais leurs parents travaillaient, alors elle avait joyeusement accepté de garder les boules de poils, bien qu’il lui semblât qu’elles étaient douée d’une énergie infinie. Heureusement, il lui suffisait de s’installer dans son fauteuil, près de la cheminée, et d’arbitrer les quelques conflits qui survenaient parfois.

Cependant, ce jour-là, une petite Djaalins ne semblait pas avoir envie de jouer avec ses frères, sœurs et cousins. Elle s’ennuyait quelque peu lorsque soudain, une idée lui vint. Elle s’approcha de sa grand-mère, qui la regarda approcher avec un regard tendre. En réalité, à voir combien ses yeux pétillaient, elle s’inquiétait un peu. Cependant, la petite ne lui posa qu’une question :

- Dis grand-mère, tu as déjà eu un amoureux avant grand-père ?

Un sourire mystérieux naquit sur le museau de la grand-mère. Elle se cala plus profondément dans son fauteuil, rassemblant ses souvenirs. La petite fille, sentant l'histoire arriver, s’assit confortablement, prête à écouter de ses grandes oreilles.

- C'était il y a des années, je ne devais pas être beaucoup plus vieille que toi ma chérie. Et aussi étrange que cela puisse te sembler, j'ai vécu une merveilleuse histoire avec un Destrinos... Il était mon amour, l’unique créature que je n’aurais jamais voulue à mes côtés. Malheureusement, tu n’as pas connu mon père, ton arrière-grand-père. Il était très strict et la noblesse de notre famille a toujours été importante pour lui. Alors vous comprenez à quel point un Destrinos, surtout pris parmi le bas peuple, comme il aimait les appeler, ne me convenait pas du tout.

- Mais que s’est-t-il passé ? Pourquoi tu n’es pas restée avec lui ?

- Oh, tu sais, j’étais jeune… Mais je vais te raconter toute l’histoire. C’était il y a des années donc, mon père m’avait énervée une fois de plus, et je ne supportais plus son autorité. Alors, après une énième dispute, j’ai préféré partir chez une amie, qui vivait à Elonia, le temps de calmer un peu les choses.

Elle se rappelait le vent qui soufflait, fort, propice à un voyage, surtout sous un ciel si ensoleillé. Elle avait du mal à ne pas perdre sa belle cape d’une riche étoffe rose et plus de mal encore à trainer ses lourds sacs de voyage. Elle voulait être seule et avait même refusé l’aide de majordomes, mais elle le regrettait un peu, à présent qu’elle était chargée en plein milieu d’une foule compacte. Jouant un peu des épaules, non sans peine au vu de sa petite taille, elle parvint à monter à bord. Le Majestic était un magnifique navire de plaisance et le voyage serait long mais agréable. Parvenue sur le pont, elle dénicha un peu de place où poser ses sacs et ôter sa lourde cape. Elle profita de cette pause salutaire pour respirer un peu. Elle sentait déjà l’ombre de son père s’éloigner à la seule idée du départ imminent. Comme pour reprendre ses pensées, le sifflet du bateau retentit. Les derniers retardataires se dépêchèrent de monter à bord, occasionnant une bousculade inattendue pour la noble Djaalins. Sans qu’elle put s’y préparer, elle se perdit l’équilibre et tomba en arrière.

Au dernier moment, elle sentit des pattes solides la retenir et, sans faire de manières, s’y accrocha le temps que la cohue se calme. Puis elle se redressa et fit face à son sauveur. Un Destrinos, qui lui paraissait immense se tenait face à elle. Elle se redressa, afin de ne pas voir de lui que les puissantes pattes aux longs poils qui l’avaient retenue, bien qu’elles aient été fort confortables. Son sauveur, outre sa taille, avait une belle robe brune, de ce qu’elle pouvait en voir. Le vent qui soufflait jouait avec sa crinière brune, parsemée de crins blancs. Sa tête forte se pencha vers elle et elle sentit beaucoup de bonté émaner de lui. Elle l’apprécia immédiatement. Probablement parce qu’il l’avait sauvée d’une mauvaise chute. Peut-être l’aurait-on même piétinée ! Les gens étaient si rustres. Mais pas tous, puisque celui qui se tenait devant elle lui demanda avec gentillesse, interrompant ses rêveries :

- Tout va bien mademoiselle ?

- Oh oui ! Je vous remercie infiniment de m’être venue au secours ! Je ne m’y attendais pas.

- Tout le plaisir est pour moi, il hésita avant de poursuivre, au plaisir de vous revoir.

Puis il la salua d’un geste de la tête et s’éloigna. Elle sentit une pointe de regret lui pincer le cœur, qu’elle supposa due au fait de perdre le seul être qui lui avait témoigné une sincère gentillesse depuis des jours. Elle secoua la tête et son regard tomba sur ses bagages, épargnés par la foule. Elle se décida et les empoigna. Elle ne put voir, chargée comme elle l’était, le Destrinos se retourner, sourire affectueusement en la voyant si chargée, et poursuivre sa route de plus vive allure. Il allait être en retard, il n’aurait pourtant pas regretté de l’accompagner. Tout plutôt que de retrouver le capitaine. Mais il n’avait pas le choix.

La Djaalins parvint à atteindre sa cabine et entra, soupirant de contentement en voyant la pièce spacieuse et meublée agréablement, ignorant complètement qu’une cabine d’un tel luxe était loin d’être habituel sur un bâtiment de plaisance comme celui-ci. Elle s’installa avec plaisir sur un sofa confortable et en profita pour abandonner son épaisse cape. Elle détailla les boiseries du mur d’en face, jugea d’un œil critique la toile de maitre qui l’ornait puis son regard tomba sur ses sacs. Avec un soupir, elle commença à s’installer dans la pièce attenante. Elle expédia ce rangement, changea de cape pour une plus confortable, maintenant que personne ne connaissait son identité et sortit. Le vent soufflait plus fort encore, puisqu’ils avaient décollé. Elle remonta sur le pont, constatant qu’elle n’était pas la seule à vouloir profiter du paysage qui défilait sous la coque. Mais était-ce vraiment la volonté de voir le paysage qui l’avait amenée à quitter sa cabine ? Bien sûr, songea-t-elle, sinon il ne serait plus aussi visible, une fois dans le ciel. Elle se rapprocha de la rambarde et se pencha. Le spectacle était assez impressionnant pour une jeune demoiselle qui avait si peu voyagé. Le sol défilait à toute allure, les ruisseaux qui constellaient Aquahana semblaient se trainer tant ils allaient vite, portés par le vent.

Alors qu’elle profitait de ce magnifique paysage, des éclats de voix dans son dos lui firent tourner la tête. Elle se détacha de la rambarde pour s’approcher de la source sonore. Elle vit un Fleetitwik, dont le magnifique plumage bariolé de couleurs vives tranchait avec la dureté de la voix qui sortait du bec délicat, invectiver un matelot. Elle constata avec autant de plaisir que de surprise, qu’il s’agissait de son sauveur. A son tour d’aller lui donner un petit coup de patte. Elle pouvait bien détourner l’attention du capitaine – à en juger par ses galons et sa casquette blanche. Elle s’approcha et, d’une voix curieuse leur demanda :

- Bonjour messieurs ! Que se passe-t-il, si je puis me permettre ?

D’un battement d’ailes, le capitaine se tourna vers elle, un regard agacé sur le visage. Lorsqu’il la vit, cependant, il blanchit d’un seul coup. Elle n’eut que le temps de se demander ce qu’il se passait avant qu’il ne s’exclame :

- Milady Sakuya Kaori Cherry De Silkeatig de Hale ! Pardonnez-moi ! Je ne vous savais pas à notre bord aujourd’hui ! Sinon je me serais fait une joie de vous accueillir personnellement.

Il connaissait même ses autres prénoms ! Ce capitaine était accro à la gazette people ? Il se détourna un instant pour marmonner un « Bouge », à l’intention du Destrinos puis se concentra sur la demoiselle. Elle échangea un regard avec le Destrinos, devinant que celui-ci avait bien saisi qu’elle avait tenté de l’aider, mais il semblait aussi comprendre qu’elle n’était pas n’importe qui. C’en était fini de son tranquille voyage anonyme. Pourtant, elle n’était pas si célèbre… Juste la fille d’un noble. Elle vit le Destrinos s’éloigner, à regret, sur l’ordre de son chef. Ce dernier l’invita alors à dîner. Elle voulut refuser, dans un premier temps, mais il insista, arguant que la nourriture serait meilleure. Cela ne changeait rien pour la Djaalins, mais comme un refus serait mal accepté et qu’elle ne désirait pas s’en faire un ennemi, elle céda.

Une fois qu’elle fut libre, elle s’éloigna, sentant son regard dans son dos. Le Destrinos avait disparu et elle ne se sentait pas de rester au milieu des gens qui murmuraient autour d’elle. Elle se dépêcha donc de rejoindre sa cabine pour être seule et s’affala dans le sofa. Il était encore tôt et elle n’avait ni envie de monter sur le pont, ni envie de se lancer dans une visite du bateau. De plus, il allait encore falloir qu’elle se prépare pour le dîner. Elle soupira. En attendant, elle ne se sentait pas l’envie de bouger et passa un certain moment perdue dans ses pensées. La seule chose qui lui faisait réellement envie, c’était de revoir ce mystérieux Destrinos.

Soudain, une pensée la fit bondir. Elle se redressa et gémit. Ce Destrinos était un simple matelot. Jamais son père n’accepterait qu’elle le fréquente ! Mais, d’une part, elle ne voulait plus que son père intervienne dans sa vie, et d’autre part, il semblait si gentil qu’elle tenait vraiment à le connaître… De dépit, elle se laissa retomber dans le canapé. Elle n’avait plus envie de rien faire d’un coup. Un regard sur une élégante horloge murale lui confirma pourtant que, si elle ne commençait pas bientôt à se préparer, elle serait en retard. Elle soupira et alla se doucher.

 

Le dîner fut d’un ennui mortel. La seule chose qu’elle y avait appréciée était effectivement la nourriture. Elle devait reconnaître que le chef méritait son titre. Malheureusement, la discussion insipide lui avait quelque peu coupé l’appétit. Il n’avait su parler que de finances ou de politique. Grands dieux ! N’y avait-il rien d’autre dans la vie que les floryns, les joyaux et le prochain meneur de tel parti ? Ce devait être d’un ennui… Probablement à la hauteur de la discussion, songea-t-elle avec un sourire narquois, inattendu sur un museau si délicat.

Après un passage à sa cabine pour revêtir une tenue plus confortable, elle décida de se rendre sur le pont arrière. Les ténèbres aidant, elle espérait ne pas être reconnue ou peut être simplement laissée en paix ? Elle ne regretta pas son choix lorsqu’elle se fut accoudée à la rambarde, le vent du soir jouant avec ses moustaches et la chatouillant. Prise par l’ambiance paisible et magique de la soirée, elle émit un petit rire puis posa la tête sur ses coudes croisés pour se repaitre du splendide paysage nocturne. Le vent avait chassé le moindre nuage, laissant la vue complètement libre, éclairée par la Lune. Ils survolaient toujours Aquahana, les ruisseaux qui parcouraient cette terre brillaient tels des rubans de lumière. Les plantes, rendues si vertes par la profusion de ressources, semblaient nimbées d’une aura féerique. Des lucioles voletaient, constellant le paysage d’étoiles filantes. Le souffle du vent gonflait ses poumons, l’emplissant d’un sentiment de bien-être tel qu’elle n’en avait ressenti depuis bien longtemps.

Laissant ses pensées dériver, bercée par le doux bruit des hélices du bateau, elle songea à son sauveur. Elle ne savait comment le nommer, il ne lui semblait pas réellement être quelqu’un de banal comme étaient les roturiers qu’elle avait pu rencontrer jusque-là, en dehors du cercle de la noblesse. Il semblait la voir réellement et non pas seulement les étoffes, l’argent ou les manières. Cela pouvait sembler étrange de penser cela d’un pur inconnu, mais elle avait un sentiment très positif à son égard et un plutôt bon instinct. Et surtout, elle avait envie de le connaître. Seulement, elle était incapable d’expliquer pourquoi cette créature en particulier avait tant attiré son attention. Ce qui l’intriguait le plus, c’était qu’elle ne savait rien de lui. Mais cela ne lui donnait que plus envie encore de le connaître.

Soudain, une voix coupa le fil de ses pensées rêveuses.

- Agréable soirée, n’est-ce pas milady ?

Comme elle ne s’y attendait pas, elle eut un petit sursaut, évita de peu de se taper le menton sur la rambarde et, drapée dans sa dignité, se retourna. Elle n’avait pas eu le temps de reconnaître la voix, mais c’était bel et bien celui qui occupait ses pensées qui se tenait devant elle. Elle se laissa hypnotiser par les yeux dorés qui la fixaient, absolument pas gênés du sentiment d’intimité que cela plaçait entre eux. Des étoiles d’or dansaient joyeusement dans une mer de jaune lumineux. Un flux invisible semblait circuler entre ces deux regards, le doré du Destrinos et le rose de la Djaalins. Soudain, elle réalisa qu’elle ne lui avait pas répondu, mais perdue dans cet océan de lumière, qu’elle ne pouvait cesser de fixer, elle murmura simplement :

- Oui… Très agréable en effet.

Elle sentit plus qu’elle ne vit qu’il esquissait un sourire amusé. Et il rompit le lien en se rapprochant. Elle résista à l’envie de secouer la tête pour remettre ses idées en place et se força à redevenir elle-même. Elle aurait le temps de réfléchir à tout cela plus tard.

- Je voulais vous remercier de votre aide cet après-midi, milady. Vous m’avez évité un blâme.

« Milady » ? Elle se rembrunit. En réalité, même lui ne voyait que son titre. Mais elle souhaitait lui laisser une chance, peut-être pensait-il juste bien faire ? Et ce qu’il venait de se passer entre eux ne lui donnait pas envie d’abandonner dès maintenant.

- Si cela vous convient, je préfère que vous m’appeliez Sakuya. Je ne tiens mon titre que de mon père et non de moi-même.

- Très bien, miss Sakuya, répondit-il avec un sourire charmeur et charmé, je suis Aranwë. Si je puis vous demander, qu’est-ce qui vous amène à Elonia ?

- Oh, rien de bien important, je rends simplement visite à une amie. J’avais besoin de prendre un peu de distance avec les miens.

Il lui lança une œillade intriguée et elle lui rendit un regard triste. Cela sembla l’encourager à poursuivre, car il demanda d’un ton doux :

- Que se passe-t-il ? Si vous désirez m’en parler, bien sûr, je me ferais une joie de vous écouter.

- Oh, vous savez, rien de bien intéressant, elle hésita puis, voyant qu’il lui prêtait une oreille attentive et semblait réellement intéressé, elle céda, désireuse d’en parler enfin à quelqu’un, et poursuivit, simplement mon père qui en attend trop de moi. Vous savez, la noblesse est pour lui capitale. Alors que, pour ma part, ce n’est rien que je mérite et donc je ne me sens pas réellement autorisée à porter ce nom et cette charge. Cependant, je suis toujours obligée d’être belle, distinguée, gracieuse et agréable. À aucun moment il ne se demande ce que je veux pour ma part. Et cela génère des conflits entre nous. D’où ma volonté de laisser la tension retomber et d’en profiter pour me reposer.

Il l’avait écoutée avec plus d’attention qu’elle n’en avait jamais reçu dans sa vie. Excepté lorsque les gens pensaient pouvoir y gagner quelque chose, bien évidemment. Et cela lui fit un bien fou. Elle sentit une onde de bien-être et de calme la parcourir et, lorsqu’elle s’en rendit compte, un sentiment de bonheur et de gratitude envers Aranwë s’y ajoutèrent. Elle fit un immense sourire et demanda, sans attendre sa réponse :

- Et vous ? Parlez-moi de vous, je dois avouer ne rien connaître au type de vie que vous menez.

- Vous savez, miss Sakuya, hésita-t-il, ma vie n’a rien de particulier. Elle est en réalité assez banale. Que pourrais-je vous en dire ? Je suis matelot sur leMajestic depuis maintenant deux ans, auparavant j’ai suivi des cours, comme tout le monde. Je ne sais pas réellement ce que j’attends de la vie, je profite de ces années pour mettre des floryns de côté et réfléchir tout en découvrant le monde.

Elle semblait fascinée. Il ne voyait pas en quoi une fille de noble, aussi belle qu’elle, pouvait trouver un quelconque intérêt à ce qu’il venait de raconter. Mais il trouva agréable qu’elle soit aussi investie. S’il était venu lui parler, ce soir-là, c’était en ignorant complètement à quoi s’attendre, mais parfaitement prêt à se faire renvoyer à son rang. Au lieu de quoi, elle le traitait amicalement, s’intéressait à lui et l’écoutait passionnément. Comme il s’était arrêté, elle le relança :

- Et, si cela n’est pas indiscret, comment avez-vous grandi ? J’ai eu une enfance solitaire, car la caste noble est aussi froide et secrète, mais je me suis toujours demandé si vivre parmi les roturiers m’aurait rendue plus heureuse.

- Eh bien, j’ai une sœur, qui adore s’inviter dans ma vie sans prévenir. Mais petits, nous étions très proches. Bien sûr, en grandissant, elle a eu ses amis et moi les miens, mais nous sommes restés complices. Ma mère travaillait assez peu, je dois dire. Mais elle était fière de ce qu’elle accomplissait et prenait toujours le temps de s’occuper de nous.

Sakuya avait les yeux brillants. Rien que le fait d’avoir une famille dont on est proche était quelque chose de complètement inconnu pour elle. Elle interrompit son discours pour lui poser une question.

- Elle travaillait dans quoi ? Et j’ai entendu dire que les mères cuisinaient souvent pour leurs enfants, est-ce le cas de la vôtre ? Cela n’aurait jamais effleuré ma mère…

- Eh bien oui, c’est habituel. Ma mère était vendeuse dans une boutique et nous préparait de délicieux gâteaux. Mais comment est la vôtre ? Vous semblez si peu attachée à votre famille. Votre père, je peux comprendre, mais le reste ? N’avez-vous pas de frères et sœurs ? De cousins ?

Elle grimaça, prise par la discussion, elle ne faisait plus aussi attention à ses manières qu’en temps normal.

- Mes cousines ? Je n’en ai que deux, l’ainée est la fille que mon père aurait aimé avoir, fière, élégante et distinguée. La seconde est effacée et vit dans son ombre. Je ne me souviens pas qu’elle ait dit plus de deux mots. Enfin, mon frère est encore très jeune et il reste plus souvent auprès de sa nourrice et de ses professeurs que de nous. Je ne le connais pas réellement je dois dire.

Il sembla surpris et ressentit une pointe de tristesse pour cette beauté si solitaire. Il eut comme une envie de la prendre contre lui, envie contre laquelle il lutta brièvement, sans comprendre d’où elle provenait. Il ouvrit la bouche pour poursuivre la discussion lorsqu’il entendit quelqu’un l’appeler. Il se retourna, courroucé, et vit un autre matelot Lunaris se rapprocher en cavalant sur ses longues pattes agiles.

- Aranwë ! On… oh je vois que tu es en train de draguer ! Et une ravissante demoiselle à ce propos, s’exclama-t-il en lui lançant une œillade appuyée tandis que le Destrinos levait les yeux au ciel, mais je dois vous l’enlever. Un petit problème avec un ventilo, Aranwë est le meilleur lorsqu’il s’agit de réparer ces trucs.

Le Destrinos, déçu de voir leur conversation interrompue mais n’ayant pas le choix, s’excusa auprès de la demoiselle en question.

- Je suis navré Lady Sakuya, s’il y a un problème technique, je suis obligé d’y aller.

- Si tu veux, je peux lui tenir compagnie, proposa l’autre avec un grand sourire.

Le regard que lui lança Aranwë était plus qu’éloquent. On ne savait pas réellement s’il le grondait ou le menaçait d’une mort prochaine et douloureuse. Quoi qu’il en soit, le Lunaris éclata de rire et reprit :

- Je vais aller lui donner un coup de patte, bonne soirée mademoiselle ! Allez, viens, grand dragueur.

Il s’éloigna de quelques pas et Sakuya en profita pour demander un service au Destrinos.

- Oh Aranwë ! Avant que vous ne partiez, accepteriez-vous de me faire visiter le bateau ? Demain par exemple ? J’avais l’intention de partir l’explorer mais je crains de me perdre.

Aranwë retrouva son sourire et accepta avec joie.

- Ce serait avec plaisir, Sakuya, je suis aux machines le matin donc que diriez-vous de l’après-midi ? Je peux vous attendre ici même vers quatorze heures, si cela vous convient.

Ce rendez-vous pris, Aranwë alla rejoindre le Lunaris et ils s’empressèrent d’aller trouver la source du problème. Sakuya les regarda partir, un sourire de circonstances sur le museau. En réalité, elle se sentait un peu dépitée. Elle aurait pu en apprendre bien plus sans ce problème technique. Aranwë la fascinait. Sa gentillesse n’avait d’égale que sa prévention. Il prenait le temps de l’écouter, même si cela ne le concernait ou ne l’intéressait pas. Elle qui n’avait connu que le mépris ou la déférence, cela lui paraissait absolument incroyable et elle adorait cela.

Elle resta encore un moment à ressasser ses pensées et à profiter tant du paysage que de l’air nocturne avant de se décider à rejoindre sa cabine. Il était déjà tard. Elle prit cependant son temps pour se préparer à dormir. Le bateau volait doucement dans les ténèbres, sans aucun heurt pour perturber son sommeil. La nuit passa donc tranquillement, ponctuée de courts rêves qu’elle ne parvenait à comprendre. Tout ce qu’il s’était passé depuis peu revenait la hanter. Que ce soit la dispute avec son père, la rencontre avec Aranwë, le dîner avec le capitaine ou cette soirée si douce qu’elle avait passé. Elle revit le regard timide de son petit frère, qu’elle réalisait être un quasi inconnu pour elle. Mais qui connaissait-elle réellement après tout ? Sa vie paraissait si solitaire…

 

Elle se réveilla le lendemain avec un sentiment d’amertume, ayant l’impression d’être passée à côté de sa vie. Soudain, l’image d’un Destrinos au regard d’or lui vient à l’esprit. Un sourire fleurit sur son museau. Elle se sentit bien mieux, la seule pensé de cette créature si attentionnée, la remplissait de bonne humeur. Et l’idée de passer un moment avec lui dans l’après-midi plus encore. Elle ouvrit les rideaux, laissant entrer une lumière très pure. Ils traversaient une mer de nuages et il était impossible de déterminer l’heure. Jetant un coup d’œil à une pendule, elle nota qu’elle avait bien plus dormi que ce qu’elle aurait pensé. Mais cette nuit avait été reposante et purifiante.

Une douche plus tard, elle se retrouva devant sa penderie, dans laquelle elle avait suspendu tous ses vêtements. Une tenue magnifique attira son attention. Elle la sortit et l’étala sur le lit pour la contempler. Atalia en était témoin, c’était le seul présent qu’elle n’ait jamais reçu de son père qu’elle appréciait réellement. Faite sur mesure par la plus grande couturière d’Aquahana, elle était absolument magnifique. Voiles bleutés, presque transparents, et délicate dentelle, elle était à la fois incroyablement confortable et absolument merveilleuse. Elle avait l’habitude d’en parler comme d’une « composition », car c’était ainsi qu’on la lui avait présentée.

Seulement, c’était une tenue qu’elle n’avait que très peu eu l’occasion de porter. A peine plus d’une demi-douzaine de fois. Et elle le regrettait tant que, malgré le fait qu’elle n’aurait probablement aucune chance de la vêtir durant ce voyage, elle avait tout de même choisi de l’emporter. Et maintenant qu’il y avait quelqu’un qu’elle avait envie d’impressionner, pour la première fois dans sa vie, elle ne pouvait pas la porter parce qu’elle aurait semblé en complet décalage avec le reste des passagers. Elle soupira et se détourna.

La matinée était bien avancée. Elle monta sur le pont et se figea. Ils étaient effectivement plongés dans une mer de nuages, mais cela se révélait plus impressionnant que tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Elle avança doucement, fascinée par les brumes qui s’enroulaient autour de ses pattes, faisaient frémir ses moustaches et s’enfuyaient, emportées par le mouvement du bateau. Il n’y avait aucun bruit, excepté le doux ronronnement des hélices qui permettaient au bateau de se mouvoir. Elle se retourna et, incapable de voir la porte, se sentit comme dans un songe.

Un formidable sentiment de sérénité s’empara d’elle. Elle fit encore quelques pas, ayant l’impression qu’elle se dirigeait vers un endroit mystique. Elle parvint à la rambarde et perçut plus qu’elle ne vit, qu’elle se situait exactement là où ils avaient discuté la veille. Elle se sentait parfaitement bien. Peut-être un peu seule ? Oui, elle avait envie de le voir et elle eût l’impression que l’après-midi était dans une éternité.

Elle passa un moment accoudée là, juste à profiter de l’instant présent. Puis son ventre lui rappela l’heure et elle se dirigea vers le restaurant commun. Elle eut l’occasion d’expérimenter une nourriture destinée aux roturiers et dût bien reconnaitre qu’elle préférait un chef étoilé. Cependant, elle refusa de se plaindre de quelque manière que ce soit. Il s’agissait de son choix et elle expérimentait de nouvelles sensations. Même si celle-ci n’était pas la meilleure, elle en avait déjà eu de bien plus belles. Et à ce propos, le temps était écoulé alors elle s’empressa de rejoindre leur point de rendez-vous, même si elle était en avance. Au moment de passer la porte, elle fut heurtée par une passagère. C’était une Destrinos très élégante mais son air était inamical. Elle la jugea du regard et déclara sur un ton pincé :

- Lady de Silkeatig de Hale. J’ai eu vent de votre présence à bord. Je me présente, Cassandra Valigaya. Peut-être pourrions-nous dîner ensemble un soir ?

Sakuya resta interloquée. Pourquoi tant de monde désirait dîner avec elle ? Elle se rappela cependant le repas qu’elle venait de passer, seule. Un peu de compagnie ne lui ferait probablement pas de mal. Alors elle accepta sur un ton doux. Cassandra s’éloigna après l’avoir saluée. Peut-être avait-elle oublié l’ouïe surdéveloppée des Djaalins aux grandes oreilles, peut-être avait-elle fait exprès. Toujours était-il qu’elle l’entendit marmonner un « les nobles aussi peuvent s’excuser quand ils bousculent les gens innocents ! Ils se croient vraiment tout permis… ». Elle regretta soudain d’avoir accepté, mais le mal était fait et cette Destrinos lui semblait peu sympathique.

Cependant, elle avait rendez-vous avec un autre représentant de l’espèce qui était absolument plus agréable. A sa grande surprise il était déjà là. Son regard s’illumina en la voyant. Il lui expliqua qu’il avait été libéré un peu plus tôt que prévu et s’était empressé de venir, de peur de la faire patienter. Puis ils se dirigèrent vers l’avant du bateau. En visitant les principaux étages, Aranwë lui raconta quelques anecdotes lorsque l’occasion se présentait. Elle découvrit un accès vers un pont supérieur dont elle ignorait l’existence et ils y passèrent un moment à discuter de sujets variés avant de poursuivre. Il lui fit découvrir un espace de détente ; spa, massage, sauna et autres. Elle en fut ravie et le nota sur une liste mentale.

La visite dura un bon moment. Ils discutèrent beaucoup, Sakuya avait l’impression d’évoluer dans un rêve. Plus elle le connaissait, plus sa première impression de lui se confirmait, voire s’améliorait plus encore. Jamais elle n’avait eu tant envie de passer du temps avec quelqu’un, de tout connaitre de lui. Ces sentiments nouveaux étaient merveilleux. Si elle avait toujours l’impression d’être passée à côté de quelque chose depuis sa naissance, elle avait désormais l’intention de se rattraper.

Il la raccompagna à sa cabine avant de retourner travailler. Elle alla prendre un bain, repassant dans sa tête cette merveilleuse après-midi. Elle soupirait de bonheur au milieu des bulles de savon. Puis elle partit dîner. Alors qu’elle allait entrer dans le restaurant, un timide Lipicus l’invita à sa table. Comme elle avait peu apprécié un repas en solitaire, elle accepta de bon cœur. Lors de cet agréable dîner, elle parla longuement avec les convives, profitant d’une soirée où, certes, elle était traitée avec respect, mais elle menait également une discussion intéressante où son avis n’avait pas plus de valeur de par ses origines. Soudain, une Minoushatte demanda :

- Et vous, Lady Sakuya, allez-vous à la soirée ?

La surprise la rendit muette un court instant mais l’intérêt lui rendit la parole et elle s’empressa d’en apprendre plus.

- Une soirée ? Quand est-ce ? Et où ?

- Après-demain, au soir, répondit-elle dans un rire amusé. C’est une soirée masquée, nul ne pourra entrer si l’on peut deviner son identité. Elle se déroulera à bord du navire, il me semblait d’ailleurs qu’elle était annoncée.

Sakuya confirma qu’elle viendrait, expliquant qu’elle avait choisi ce trajet sans lire les suppléments, simplement parce qu’il avait une cabine de libre et qu’il se rendait à Elonia. Ils échangèrent sur cette soirée encore un moment et, à la fin du repas, elle avait déjà particulièrement hâte d’y être. Ce qui l’enchantait le plus, c’était qu’elle serait une citoyenne comme tous les autres ce soir-là, son identité masquée par un loup. Une idée jaillit dans son esprit. Elle allait également pouvoir porter sa délicieuse composition ! Elle pourrait alors profiter de la fête en plein anonymat, mais également mettre sa tenue préférée. L’attente allait être longue.

 

Le lendemain, le même rituel que la veille se reproduit, si ce n’était que le temps était pluvieux. Mais cela n’assombrit pas son humeur au beau fixe et elle chantonna en se préparant. Elle salua Cassandra lorsqu’elle la croisa au repas, laquelle le lui retourna cordialement. Elle déjeuna seule, près d’un hublot, passant la moitié du repas à regarder la pluie tomber. Mais elle restait d’excellente humeur. En sortant, n’ayant pas envie de se tremper, elle fit un tour dans les couloirs, comme une promenade dans un univers quasiment uniforme. Par un pur mais heureux hasard, elle croisa Aranwë qui semblait pressé. Celui-ci prit tout de même le temps de la saluer et d’échanger quelques mots pour lui demander si tout allait bien et lui proposer de ne pas hésiter à le solliciter si elle avait besoin de quoi que ce soit. Elle trouva cela adorable de sa part mais finit par le laisser retourner à son travail. Cependant, derrière elle, Cassandra avait assisté à la scène. Elle s’approcha, faisant sursauter Sakuya qui ne l’avait pas vue.

- Lady de Silkeatig de Hale…

- Juste Sakuya, je vous prie.

- Lady Sakuya, reprit-elle en faisant lever les yeux au ciel à son interlocutrice, j’ignore quel est l’intérêt que vous portez à ce Destrinos, mais je vous prie de considérer votre différence sociale.

- Je ne comprends pas ce que vous tentez de me dire, répondit-elle d’une voix douce.

- Oh je vous en prie. Ne vous faites pas passer pour une idiote, je sais que vous comprenez. Vous semblez apprécier Aranwë.

Sakuya ne comprit pas. Cassandra connaissait Aranwë ? Que se passait-il ? Elle détailla la Destrinos, au pelage violet décoré de motifs dorés qui lui donnaient un air distingué et élégant. Cependant, son strict œil d’or et la beauté de sa robe ne faisaient d’elle qu’une personne hautaine et sévère. Celle-ci poursuivit.

- J’apprécierais que vous vous écartiez de lui. L’intérêt qu’il vous porte m’offense.

- Puis-je vous demander pourquoi ?

- Tout simplement qu’il est censé me demander en fiançailles prochainement.

Cette nouvelle frappa Sakuya. Mais en même temps, elle s’interrogeait. S’était-elle immiscée dans une relation ? Elle se sentait quelque peu gênée et agacée à la fois. Aranwë aurait dû lui en parler afin qu’elle n’offense pas Cassandra. Cependant, son cœur, lui, s’était serré en apprenant cette nouvelle.

- Je suis désolée si vous avez pu penser que je m’invitais là où je n’ai pas ma place. Puis-je vous demander quelques précisions ? J’ignorais complètement cela.

- Nous nous sommes rencontrés lors d’un précédent voyage et nous sommes vite appréciés. L’apprenant, mon père a contacté le sien pour organiser une union entre nous deux. Aussi, je me permets de réitérer ma demande : tenez-vous à l’écart, Milady.

Cassandra ne se montrait pas très agréable. Mais cela pouvait se comprendre, puisqu’elle était face à une créature qui semblait lui prendre celui qu’elle aimait. Cependant, le cœur de Sakuya n’avait que faire de la logique et des bonnes manières. Il brûlait d’effacer celle qui se tenait face à lui. Et sa raison, énervée de se retrouver dans cette situation et froissée de cet ordre à peine dissimulé, se retourna contre la personne qui lui faisait face.

- Très bien. Merci de m’avoir informée. Cependant, je tiens à vous faire remarquer que votre demande est loin d’être agréable à entendre, je vous demanderais de surveiller vos paroles et de ne pas me donner d’ordres.

Cassandra sembla le prendre très mal, bien que cela puisse se comprendre, et fit un effort visible pour rester polie. La Djaalins ne tentait pas de l’énerver mais cette discussion, aussi cordiale qu’elle puisse sembler, tournait vite au vinaigre. Et Sakuya ne comptait pas se laisser marcher sur les pattes. On ne lui avait jamais appris à céder et elle n’avait pas l’intention de tester.

- Aranwë m’est promis. Ce n’est pas parce que vous être une Silkeatig de Hale que vous pouvez tout vous permettre.

Cela frôlait l’insulte. Mais Cassandra semblait au bord de la colère franche. Et Sakuya ne put s’empêcher de répondre, ne supportant pas qu’on la traite ainsi. Et elle n’avait nulle intention de lui céder Aranwë alors qu’elle tenait à lui.

- Dame Cassandra Valigaya. Vous ne semblez pas comprendre. Ma position de noblesse ne vous permet pas de me parler sur ce ton. Cependant, je passerai outre car je ne me sens pas mériter ce nom. Comprenez que, par cela, je me considère alors comme étant au même niveau que vous. Je ne profite absolument pas de ces titres que je refuse, et je ne les utilise pas pour impressionner Aranwë. Sachez qu’effectivement nous nous entendons très bien et que notre relation n’a rien à voir avec vous. Ce qu’il adviendra est de notre ressort et, quoi que cela soit, je vous prierais de ne pas intervenir. Si vos pères ont tenté de vous unir, rappelez-leur que les mariages arrangés ne sont plus autorisés sans l’accord des concernés. Si Aranwë ne vous a fait aucune demande et qu’il s’autorise à se montrer agréable avec moi malgré la visible colère que cela vous inspire, je vous invite à reconsidérer la nature de votre relation, en prenant cette fois en compte son propre avis. Car ses sentiments ne semblent pas répondre aux vôtres ; sans doute vous voit-il simplement comme une agréable amie. A présent, je vous prie de ne plus intervenir dans notre relation. Il m’est devenu précieux parce que, contrairement à vous, il ne me voit pas comme la fille d’un noble mais bien pour une Djaalins qui souhaite décider de son destin, ce que je suis effectivement. Merci d’y réfléchir.

Pour Sakuya, la discussion était close. Mais alors qu’elle s’apprêtait à tourner les talons, Cassandra, devenue rouge de colère s’écria :

- Mais qu’espérez-vous ? Une idiote de Djaalins noble incapable de vivre seule avec un malheureux Destrinos qui ne peut s’opposer à son père ? Si cela vous a semblé une seule seconde possible, je vous rappelle que vous n’êtes même pas de la même espèce. Je saurais bien mieux le rendre heureux puisque je peux, au moins, lui donner des enfants.

Sakuya s’arrêta net. Elle se retourna et la noirceur de son regard fit retomber la colère de Cassandra. Celle-ci réalisant ce qu’elle venait de dire, regretta aussitôt.

- Vous venez très officiellement de m’insulter. Je saurais m’en souvenir Cassandra, déclara-t-elle sur un ton glacial, omettant de manière volontaire toute marque de respect.

Puis elle s’en alla définitivement, laissant derrière elle une Destrinos mortifiée. Puis, petit à petit, la colère remonta à la surface. Elle se cabra soudainement, hennissant de rage, et, lorsqu’elle retomba de tout son poids sur le sol, une latte du plancher craqua. Le sentiment destructeur qui l’habitait se calma un peu. Elle ne se laisserait pas faire par une Djaalins. Si elle n’avait aucun titre, son père lui avait appris la fierté. Jamais elle ne céderait face à une noble qui ne lui arrivait pas à l’épaule. Elle fit volte-face et s’en alla d’un pas rageur.

Elle pouvait se venger. D’une manière plutôt simple. Et elle allait s’y mettre dès maintenant. Elle alla trouver le capitaine, le prit à part et lui expliqua son problème. Bien sûr, elle tronqua certains faits, notamment la dispute qui venait de se produire. Elle lui raconta qu’un de ses matelots s’était entiché de sa passagère favorite, c’est-à-dire Lady de Silkeatig de Hale, et qu’il la suivait, lui parlait, l’accaparait, en bref, lui gâchait le voyage. Celle-ci, peu désireuse de passer pour arrogante, avait accepté plusieurs fois de discuter avec lui, usant de son précieux temps. Mais s’il ne voulait pas que son illustre passagère garde un mauvais souvenir du voyage, il lui fallait intervenir au plus vite auprès de son employé.

A la fin de l’entretient, Cassandra était de bien meilleure humeur et le Capitaine, très remonté contre Aranwë. Il alla sur-le-champ l’entretenir de ce problème, ne voulant en aucun cas causer quel qu’autre tort à cette passagère de renom. Il déboula à tire d’ailes dans la salle des machines et demanda à ce que le Destrinos vienne le retrouver séance tenante. Le malheureux innocent se dépêcha d’obéir et le suivit, inquiet. Une fois installés dans un endroit calme, le Capitaine entreprit d’exposer le problème. Il expliqua qu’Aranwë était ici pour travailler et non tenter d’attirer les faveurs d’une noble venue se reposer sur le Majestic. L’incriminé n’y comprenait rien.

Une fois que le Capitaine l’eût menacé de toutes sortes de représailles pour être certain que ses ordres seraient respectés, ce fut un Destrinos perplexe qui retourna sagement à son poste. Son collègue Lunaris lui demanda ce qu’il s’était passé et Aranwë préféra éluder la question. L’autre revint alors vite au sujet qu’ils traitaient avant l’arrivée du Capitaine.

- Du coup, tu comptes y aller à la soirée ? J’avoue que j’y ferais bien un tour, entre les jolies filles et le buffet, ce ne doit pas être un mauvais moyen d’occuper sa soirée.

- Je dois dire que j’apprécierais vraiment de profiter de cette soirée, mais tu sais bien qu’on ne peut pas… En plus, j’ai intérêt à me tenir à carreaux, le Capitaine m’en veut, je n’ai pas bien saisi pourquoi.

- Mais ta belle Djaalins, elle y sera ? Parce que si oui, fonce mon vieux !

- Cesse de m’appeler ainsi. Je ne sais pas si elle ira, mais je pense que oui. Elle pourra y être aussi inaperçue qu’elle l’a toujours désiré et elle doit être une très bonne danseuse.

- Alors c’est bien ce que je dis, oublie le Capitaine et fonce. Je te couvrirai, de toute manière, je t’en dois une pour avoir quitté cette demoiselle si peu cavalièrement pour moi l’autre soir. Mais tu me paieras un coup.

- Je ne sais pas… Si je me fais prendre, je crois qu’il me licenciera. Mais j’ai vraiment envie d’y aller.

Sa raison lui dictait de rester, mais son cœur lui hurlait d’y aller. Et celui-ci cria tellement fort que sa raison fut finalement incapable de se faire entendre. Le regard doux de la belle Djaalins flottait dans son esprit, son sourire merveilleux l’appelait, son rire cristallin le faisait frémir. Il mourrait d’envie de la revoir, même brièvement. Pourtant, il se savait insignifiant comparé à elle. Mais il devait la revoir. Et, le temps d’une soirée, masqués par les loups, cachés au milieu des danseurs, inaudibles sous la musique, il serait enfin au même niveau que sa belle. Comment avait-elle pu conquérir son cœur si vite ? Il n’en savait rien. Mais le mal était fait et il se morfondait de son absence. Cassandra n’était plus qu’une ombre pâle de son passé, il n’avait jamais réellement voulu l’épouser de toute façon. Peut-être avait-il senti l’arrivée d’une créature plus que divine à ses yeux ? Et alors repoussé l’échéance ?

- D’accord, soupira-t-il, j’irais. Mais tu es sûr que ça ira tout seul aux machines ?

- Mais oui, je suis un pro ! Je gère.

Finalement, la chose fut conclue ainsi et le Lunaris se détourna pour pousser un levier. Chacun retourna à sa tâche comme si rien ne s’était passé. Sauf que dans l’esprit d’un jeune Destrinos, les pensées tournoyaient et s’entrechoquaient. Et toutes avaient un lien avec une certaine Djaalins au regard rose.

 

Sakuya ressassait la discussion avec la belle Destrinos. Et plus elle y pensait, plus une chose se faisait clair dans son esprit. Elle ne laisserait pas Aranwë à Cassandra. Jamais. Elle acceptait désormais totalement qu’elle l’appréciait énormément. Certes, peut-être trop. Mais cette Destrinos semblait insupportable. Il méritait mieux qu’elle. Alors elle allait se battre. Et gagner.

Elle parvint à la porte de sa cabine, qu’elle claqua. Elle se prépara rapidement et se dépêcha d’aller dormir, profitant du sommeil pour rêver de celui qui accaparait ses pensées. Dans son songe, elle était aux fourneaux d’une cuisine, préparant une tarte pour Aranwë. Ils étaient mariés et heureux. Soudain, Cassandra cassait la porte et intervenait pour voler la tarte. Aranwë lui courrait après et Sakuya se retrouvait seule dans la maisonnée. Celle-ci semblait alors sombre et menaçante alors qu’un instant plus tôt, elle était douce et chaleureuse. Petit à petit, les ombres s’étirèrent, l’envahirent et Cassandra revint. Elle lui murmurait « Tu vois que tu n’es pas faite pour lui, tu ne pourras jamais être heureuse avec lui… ». Et Sakuya s’écriait « Mais sans lui non plus ! », cependant, lorsqu’elle tournait la tête, tout était noir.

Elle s’éveilla en sursaut et la dernière phrase qu’elle avait dite lui revint en mémoire. Se pouvait-il que son bonheur soit désormais intrinsèquement lié à Aranwë ? Elle eut soudainement envie de sa présence à ses côtés et sentit le froid l’envahir tant son absence semblait créer un vide. Elle devait se faire à l’évidence. Elle aimait Aranwë. Plus fort qu’elle n’avait jamais aimé quiconque. Plus fort qu’elle ne pensait qu’il était possible d’aimer. Elle n’avait jamais cru au destin, aux coups de foudre et à l’âme sœur, mais il venait de remettre en cause toutes ces certitudes. Cependant, une fois qu’elle eut admis l’aimer de tout son cœur, elle se rendormit et fit de paisibles songes.

 

Le matin la vit s’éveiller tranquillement, apaisée et reposée. Si la première partie de la nuit fut agitée, la seconde partie fut incroyablement bienfaisante. Elle se sentait prête à déplacer des montagnes. Et un sentiment délicieusement chaud pulsait dans son cœur. Cette révélation avait été libératrice. Comment avait-elle pu se mentir à elle-même en se disant qu’elle appréciait simplement sa compagnie ? Elle secoua la tête et soupira. Cette journée promettait d’être très agréable. Elle avait pensé à faire un tour au spa, pour prendre rendez-vous et cela l’occuperait toute l’après-midi. Elle se ferait masser, gommer, laver, coiffer, et chouchouter. Et elle adorait cela. Mais le lendemain serait une journée plus belle encore. Le bal qui la clôturait lui donnait l’impression que rien de mal ne saurait lui arriver. Et elle trouverait bien un moyen de faire venir Aranwë à la soirée, afin qu’il puisse la voir belle comme jamais.

La matinée passa calmement, presque lentement. En allant déjeuner, elle croisa les convives de la veille qui l’invitèrent de nouveau ; elle ne se fit pas prier pour accepter et le repas fut fort agréable. Puis elle déambula sur et dans le bateau, parcourant les ponts, profitant du paysage, traversant les couloirs, cherchant l’élu de son cœur. Elle fut cependant déçue de ne pas le croiser et l’heure du spa arriva. Elle s’y rendit et fut totalement prise en charge. A la fin de la longue séance, elle se sentait incroyablement bien. Son poil était soyeux, ses muscles étaient complètement relâchés, ses griffes, ses moustaches et sa queue semblaient appartenir à un modèle. Son corps et son esprit étaient en harmonie, dans une totale décontraction.

Elle alla dîner et se sentait si bien que ni le fait de croiser Cassandra, ni le fait d’être invitée à la table du Capitaine ne rompit ce bonheur. Ce fut une phrase du Fleetitwik qui parvint finalement à éclater une bulle dans son esprit en lançant une phrase d’apparence anodine.

- J’ai appris qu’un de mes matelots vous avait importunée. Je m’en excuse platement.

- Pardon ? Je ne suis pas certaine de bien vous comprendre.

- Un Destrinos, peut-être connaissez-vous son nom ? Il s’agit d’Aranwë. J’ai entendu dire qu’il vous dérangeait, vous suivait et vous occupait de manière peu agréable. Je lui en ai fait part et il ne vous ennuiera plus.

- Oh ! Votre source se trompe complètement. Rien ne pourrait être plus faux. Ce Destrinos a eu la bonté de m’assister dès que j’ai eu besoin d’aide. Il m’a tenu compagnie de manière, bien au contraire, très agréable et je lui en suis très reconnaissante. J’ignore qui vous a informé de cela, mais ne vous inquiétez pas, il est bien loin de m’importuner.

Elle avait un peu rougi mais cela ne devait pas trop se voir sous son pelage. Le Capitaine s’excusa de la méprise et assura qu’il était à son service, car un Capitaine était bien plus digne de servir une Lady de son rang qu’un simple matelot. Elle hésita puis ne releva pas, acquiesçant simplement d’un geste de la tête. Le reste du dîner fut assez calme, il lui faisait la discussion et elle répondait brièvement mais poliment, quelque peu incertaine face à ce qu’elle venait d’apprendre. Qui avait dit au Capitaine qu’Aranwë la dérangeait ?

Une fois que le dîner, une fois de plus délicieux, fut terminé, elle salua son hôte avant de se retirer dans sa cabine. Elle choisit de se coucher tôt, désireuse de profiter de l’effet persistant de calme et de détente que lui avait apporté le spa. Mais le sommeil ne vint pas tout de suite. La question qui n’avait su quitter son esprit tournait dans sa tête. Jusqu’à ce qu’une Destrinos violette apparaisse dans son esprit. Bien sûr ! Cassandra ! Elle avait espéré amener le Capitaine à le séparer d’elle. Elle espérait simplement que cela avait échoué auprès d’Aranwë… Mais elle ne pouvait s’empêcher de plaindre Cassandra. Elle qui avait toujours été solitaire, séparée de ceux qui l’entouraient ne pouvait que comprendre qu’elle veuille s’accrocher à un être d’une telle gentillesse et d’une telle attention.

Cependant, elle n’acceptait pas la manière dont elle lui avait parlé et elle se refusait à céder Aranwë. Elle n’avait jamais été amoureuse, elle n’avait jamais ressenti le besoin de la présence de quelqu’un. Pour une fois, elle serait égoïste, même si cela devait blesser Cassandra. De toute manière, une créature aussi peu sympathique ne pourrait que faire souffrir son compagnon et elle ne voulait pas que cela arrive à Aranwë. Comme elle ne pouvait rien faire dans l’immédiat, elle finit par sombrer dans le sommeil.

 

La matinée du lendemain fut lente. Le temps s’étirait, donnant à Sakuya l’impression que le soir n’arriverait jamais. Comme si l’horloge jouait avec sa patience. Elle se promena toute la matinée, espérant croiser celui qu’elle aimait désormais passionnément. Mais ce droit ne lui fut pas accordé et les minutes s’égrenèrent avec la lenteur d’un Snotts fatigué. Elle mangea seule, ayant simplement envie de voir Aranwë, et d’aller à la soirée, de danser avec lui, profitant juste de l’anonymat de son masque, de sa compagnie et de la musique. Mais la soirée ne serait complète sans lui et elle craignait que le Capitaine ne lui ait définitivement interdit de s’y rendre.

Lorsqu’elle en eût assez d’attendre, elle rejoignit sa cabine, sortit sa magnifique composition et commença ses préparatifs pour la soirée, malgré l’heure précoce. Elle détailla d’abord la pièce de haute couture d’un œil critique mais ne parvint pas à lui trouver le moindre défaut. Elle se doutait qu’il y en avait mais elle l’adorait et elle n’en voyait aucun. Cela l’amena à repenser à Aranwë. Elle l’aimait tant ! Son cœur était bon et juste, il la traitait comme une amie et non comme une entité supérieure, comme le faisaient certains. Il l’écoutait en lui donnant l’impression d’être la personne la plus passionnante du monde et il avait les mots pour la faire rire. Tel cette tenue chatoyante, elle ne parvenait à voir le moindre défaut en lui. Et elle souhaitait de tout son cœur le revoir.

Elle prit son temps pour chaque préparatif, y accordant un soin minutieux. Elle n’avait pas ses domestiques pour l’aider, mais elle savait se faire belle seule. Elle choisit chaque accessoire avec soin. Colliers, boucles et bracelets s’accordaient à merveille avec les voiles colorés. Elle avait aussi plusieurs loups dans sa garde-robe car elle les trouvait magnifiques. Une fois chaque détail mis au point, elle prit une douche, brossa son pelage, mit du parfum aux odeurs délicates, posa une touche de noir pour accentuer son regard, puis enfila sa composition. Elle eut du mal, habituée comme elle l’était à recevoir de l’aide de toutes parts. Cependant, à l’aide de miroirs, elle parvint à la positionner correctement et à l’attacher. Une fois cela fait, le plus dur était passé. Elle enfila ses bijoux, prit son masque à la patte et le regarda d’un œil doux. Ce petit objet allait lui conférer l’anonymat auquel elle aspirait le temps d’une soirée. Elle le positionna sur son museau, le liant derrière sa tête et vérifiant que la longue plume qui l’ornait jouait librement dans l’air.

Puis elle se plaça devant le miroir pour se juger. Elle n’avait rien à redire à sa tenue. Même sa mère, si critique, n’aurait rien eu à dire. Elle avait mis le plus grand soin à être parfaite ce soir et cela se voyait. La Djaalins était en avance sur l’heure, impossible de sortir. Elle ne voulait pas gâcher l’effet. Elle se voyait arriver dans la salle, resplendissante, Aranwë la verrait immédiatement, s’avancerait pour lui prendre la patte et la guiderait au milieu de la foule. Ils commenceraient à valser magnifiquement, le regard plongé dans celui de l’autre et il lui murmurerait à quel point elle était belle tandis que les autres les regarderaient émerveillés devant l’harmonie de ce couple.

Rêveuse, elle alla s’asseoir dans un fauteuil, prit un livre et lut quelques pages, difficilement tant son esprit revenait sans cesse à la soirée qui s’annonçait. Finalement, à force de faire passer le temps comme elle le pouvait, l’heure arriva. Alors elle sortit de sa cabine. Marchant au milieu des couloirs, elle eut vite rejoint l’immense salle de restaurant, complètement réaménagée pour la soirée. Sur son chemin, les gens s’étaient faits plus nombreux, convergeant vers le même point.

Elle pénétra dans la salle. Ses pattes frôlaient le sol avant de s’y déposer avec légèreté. Son regard était droit alors qu’elle n’avait qu’une envie : tout observer en détail, de la décoration aux invités, en passant par le buffet et les tenues de chacun. Mais elle garda un port altier et alla s’installer dans un coin. La musique ne se prêtait encore guère à la danse, attendant que tous fussent arrivés. Avisant la beauté de la tenue, le Capitaine s’approcha d’un lent battement d’ailes. Il était très reconnaissable puisque si le loup cachait son visage et s’il avait laissé sa casquette, sa tenue avait des teintes et des formes qui rappelaient son uniforme.

Comme la musique avait changé, permettant désormais la danse, il l’invita. Trop heureuse de bouger enfin, elle accepta gracieusement et ils se mirent à valser en rythme. Si Sakuya avait espéré passer la soirée auprès de celui qu’elle aimait tant, cette danse n’était pour elle qu’un échauffement. A la fin, ils se saluèrent et le Capitaine s’enfuit vers une autre passagère. Sakuya allait retourner s’asseoir, mais elle n’en eut pas le temps. Un Flamiris aux motifs étincelants lui tendit une patte qu’elle accepta avec plaisir. Elle dansa ainsi avec plusieurs partenaires. A chaque note de musique, ses soucis s’envolaient vers les cieux. Elle tournait, pure anonyme au milieu des froufrous et des symphonies. Soudain, elle sentit son cœur se serrer. Elle n’était pas pleinement heureuse. Quelqu’un manquait au tableau et elle n’en ignorait nullement l’identité.

 

Aranwë avait réussi à quitter tôt le travail et était parvenu à se préparer rapidement. Connaissant les soirées d’avance, il avait bien évidemment prévu un masque qu’il enfila avec plaisir. C’était la touche finale qui signifiait enfin qu’il allait pouvoir se rendre à la soirée. Et s’il désirait danser, étant habile de ses quatre pattes, il souhaitait avant tout retrouver l’ange qui hantait son âme.

Lorsqu’il fut fin prêt, il inspira profondément pour concentrer la tension qui l’habitait avant de tout relâcher. Il sentait que s’il était si nerveux, c’était par crainte et envie de revoir Sakuya. Il chemina jusqu’à l’entrée et s’arrêta sur le pas de la porte. Les deux employés qui accueillaient les invités ne le reconnurent pas et le saluèrent. Mais il ne les vit pas, trop occupé à parcourir la salle du regard. Finalement, il la vit. Il n’y avait plus qu’elle dans cette salle. Cette belle, gracieusement vêtue d’une tenue incroyable qui mettait en valeur le moindre de ses atouts pour faire d’elle une créature divine. Cette belle, qui tournoyait élégamment en compagnie d’un Tohilys blanc comme neige qui la mangeait du regard. Cette belle, qui riait aux éclats, trop heureuse d’une liberté à laquelle elle avait tant aspiré. Cette belle, qui croisa soudain son regard et s’arrêta net.

Le Tohilys manqua de lui rentrer dedans, s’arrêtant juste à temps. Il la vit s’excuser et quitter la piste de danse, droit vers lui. Il comprit qu’elle l’avait remarqué et reconnu. Il s’avança également vers elle, leurs regards ne se quittaient pas. Comment l’auraient-ils pu ? Chacun ne voyait que l’autre, l’œil rose et l’œil doré se trouvaient et s’unissaient sans pouvoir se défaire l’un de l’autre. C’est à cause de cela que, alors qu’elle allait sortir du cercle des danseurs, Sakuya fut renversée par un couple, qui valsait allègrement.

Elle ne voyait que lui un moment avant et, l’instant d’après, elle était au sol, sans comprendre ce qu’il venait de se passer. Le couple s’était arrêté et le mâle, un Lunaris coloré, s’était avancé pour lui proposer une aide secourable. Cependant, elle sentit le sol vibrer sous elle et elle fit mine de ne pas voir la patte tendue pour accepter celle d’Aranwë qui venait de galoper jusqu’à elle. Il l’aida à se redresser et elle profita du mouvement pour se rapprocher de lui. Ils s’excusèrent auprès du couple de danseurs et son nouveau cavalier l’amena au centre de la salle pour la faire valser.

- Voilà la seconde fois que vous me sauvez, Aranwë. Je vous remercie infiniment.

- Je suis pour ma part navré d’être à l’origine de cette chute et de n’avoir pu être là à temps pour l’empêcher.

Elle lui pardonna avec un grand sourire et laissa la musique les entraîner. Ils n’échangèrent que peu durant plusieurs chansons, savourant le simple plaisir d’être ensemble. A la fin d’une danse, un autre Destrinos s’avança, mais Sakuya refusa avec un charmant sourire, pr